Texte du jour : Marc 10:35-45 et Marc 10:46-52

 

Ce texte de Marc est comme tout cet évangile, non pas une chronologie d’évènements qui seraient arrivés à Jésus, mais un message qui donne des clés pour le salut.

 

D’une façon toujours concise, Marc répète inlassablement la bonne nouvelle. Jésus est pour lui celui qui ouvre la voie. A chacun de le  suivre et tout d’abord de l’entendre. De le comprendre. De comprendre ce qui est différent, ce qui renouvelle la loi. La tradition qui se pratique sans toujours ouvrir sur la vie, perd tout son sens. Et les disciples n’ont pas compris que cette loi du monde, celle de la gloire et des honneurs n’est pas ce que Jésus proclame.

 Au début de ce texte du jour, les fils de Zébédée, Jacques et Jean, parmi les premiers que Jésus a entrainés à sa suite, ont une demande à formuler. Comme ils suivent le Maître depuis longtemps, ils devraient être à même de décrypter parfaitement son enseignement. On peut s’attendre à ce que leur question soit une forme d’approfondissement, de précision par rapport à ce qu’ils entendent et voient chaque jour dans leur écoute de Jésus. Or, il semble que non. Ou pour le moins, il semble qu’ils se soient complètement fourvoyés dans ce qu’ils ont compris. Leur demande le montre de façon presque grotesque.

 

Car ce qu’ils ont compris, c’est que Jésus est un « roi de gloire ». Un Fils d’Homme qui a une place privilégiée auprès du Père et qui peut, sur simple demande, la partager avec eux ! Pas moins. Ils ne voient dans cet homme hors du commun, qu’un puissant comme les autres, capable de distribuer des récompenses, un homme comme les autres puissants de ce monde, qui dominent, valorisant qui bon leur semble et écrasant de même ceux qui ne leur plaisent pas. Quel aveuglement ! Quelle fausse route ! Il y aurait de quoi avoir honte pour eux, si nous étions assez clairvoyants pour ne pas partager leur  cécité.

 

On se demande si Jésus n’est pas atterré par cette demande.  « Vous ne savez pas ce que vous demandez » Peut-être hoche-t-il la tête,  consterné! Et de reprendre ensuite patiemment des points qui pourraient les éclairer : « Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois ; recevoir le baptême que je reçois ? »

 

Mais rien n’éclaire les deux aveugles. Ils restent obstinément dans la loi du monde. Rien ne les arrête. Ils osent se dirent eux aussi capables de vivre ce que Jésus est en train de vivre. Pourquoi pas ? A ce point que les autres disciples, sentant bien qu’il y a un problème, s’indignent contre Jacques et Jean. Mais qu’ont-ils eux-mêmes compris ? Jacques et Jean n’expriment-ils pas leur pensée commune ? N’y a-t-il pas un brin d’hypocrisie dans leur indignation ?

 

Jésus alors se fait pédagogue et reprend ce qui fait la distinction  entre son message et « le monde ». Toutes les valeurs sont inversées. Le monde habituel a ses codes connu de tous.

 

Un monde fait de dominants qui ont la main mise sur les  dominés, un monde de puissants qui ponctionnent les humbles et les soumet.

 

 Un monde où certains pensent posséder le savoir absolu et emploient la force pour imposer leur point de vue aux autres.

 

 Un monde où ceux qui croient avoir la connaissance juste, oublient que leur vision est peut-être inexacte ou incomplète.

 

Un monde où les forts réduisent en esclavage les faibles, les petits qui n’ont plus qu’à fuir s’ils veulent rester vivants.

 

Un monde où l’on refuse d’accueillir l’autre sous prétexte qu’il est différent, qu’il va occuper une place qui n’appartient qu’à nous.

 

Jésus remet tout cela dans un ordre nouveau. Rien ne peut exister sans que chaque homme, chaque femme ne soient invités à réfléchir à la relativité de sa place dans ce monde. L’égalité de tous ne peut se vivre que dans l’amour de l’autre. Il ne peut se vivre que dans le service à autrui dans une juste compréhension de sa propre place. La fraternité ne laisse pas de place aux  seigneurs ni aux tyrans. Dans ce terme de « fraternité », on admet que cet autre différent de soi, puisse être « un frère ». C’est-à dire qu’il porte en lui quelque chose de moi. Et quelque chose de Dieu. Quelque chose dans laquelle je peux me reconnaître. Pas de place pour la provocation, la haine, la supériorité. Cela fait partie du monde, et non du Royaume dont Jésus nous dit que nous en sommes les principaux artisans.

 

Jésus bouscule, renverse les valeurs. Personne n’est grand ou petit mais nous sommes au service les uns des autres.

 

Et Jésus sait de quoi il parle. Que dit-il d’autre lorsqu’il enseigne « le Fils de l’Homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

 

Arrêtons-nous à ce terme de « rançon ».

 

La rançon est le prix à payer pour sauver une personne retenue en otage. Mais quel prix aussi élevé soit-il peut rembourser une vie ? Si un prix est annoncé, cela ravale la personne au rang d’objet commercialisable. Mais la vie n’a pas de prix. Si on annonce un prix, cela sera bien un prix faisant partie « des affaires de ce monde » et non du monde dont parle Jésus. Pas d’espèces sonnantes et trébuchantes en ce qui concerne Jésus et ce qu’il propose. Ce qu’il propose c’est d’offrir sa vie, gratuitement, pour « une multitude » C’est-à dire pour l’innombrable, le sans limite.

 

Offrir sa vie, ce n’est pas s’offrir soi-même en un sacrifice expiatoire, ce qui ferait partie de l’ancien monde, de l’ancienne loi. Mais c’est incarner de façon totale, radicale, jusqu’à la mort,  jusqu’à risquer la mort, ce qui fait sa compréhension nouvelle de la loi. Une loi qui ne sera plus la loi du « faire », une loi de profit, mais une loi de vie, une loi de relation à l’autre dans l’amour et l’authenticité d’un questionnement personnel. C’est cet enseignement qui nous fera passer des rituels collectifs à l’engagement individuel, confiant et total, cet engagement qui exposera Jésus à ses adversaires et causera sa mort sur une croix.  Et c’est ce renversement de la loi, capable de sauver des valeurs éphémères de ce monde, qui peut sauver celui qui ouvre les yeux  et ouvre les oreilles.

 

Il faut remarquer que les guérisons de Jésus concernent les aveugles, les sourds, les paralytiques, les impurs. Car il nous faut ouvrir les yeux. Il nous faut ouvrir les oreilles. Il nous faut être debout et nous mettre en marche. Il nous faut revoir sérieusement ce que nous jugeons impur.

 

Car cet enseignement nous pose toujours, en toile de fond, la question de  l’interprétation que nous faisons de l’Ecriture qui est ce que nous pouvons considérer comme l’émanation de la loi. Attention à ne pas utiliser la loi de Dieu comme alibi pour développer notre profit ou notre intérêt personnel. N’utilisons pas non plus cette loi comme alibi  pour appliquer notre propre vision des  comportements humains, sous prétexte qu’elle serait « écrite » dans un texte biblique.

 

 Avons-nous les yeux suffisamment ouverts pour comprendre que la loi d’amour prévaut sur toute loi? Est-il plus important de nos jours, de rester visser à la lettre d’un texte sans en comprendre la relativité liée à l’époque à laquelle il a été écrit ? Sommes-nous toujours des Jacques et des Jean qui ne comprennent que la loi du monde, celle qui ne se remet pas en question alors que Jésus n’a fait que cela tout au long de son ministère ?  Car Jésus n’a fait qu’interroger la loi et n’a fait que mettre chacun devant sa conscience, devant sa responsabilité d’homme et de femme vivant parmi d’autres frères humains. Interroger la loi, c’est interroger le monde, rejeter son côté éphémère, rejeter ce qui nous empêche d’être humain et dégager l’essentiel de l’inutile. Et cela s’appelle le salut. Etre sauvé signifie  « être en bonne santé », avoir un esprit sain dans un corps sain. Se tourner définitivement vers l’avenir tel que Jésus nous le montre, avec confiance, avec foi, dès maintenant. Il a risqué sa vie, il l’a donnée pour cela en la vivant chaque jour de manière absolue, radicale en donnant une place pleine et entière à ceux qui n’en avaient pas.

 

La suite de l’évangile va faire comprendre par l’exemple ce que les disciples n’ont pas compris. Un mendiant aveugle va demander à retrouver la vue. Celui- là veut saisir ce qu’il y a à voir et à comprendre. Il veut découvrir le monde autrement. Peu lui importe de demander à Jésus ce que celui-ci ne peut d’ailleurs pas lui pas donner et qui concernerait une gloire éventuelle ici ou dans l’au-delà. Celui- là, cet homme qui veut guérir, n’est pas dans le monde banal, mais aspire au contraire à entrer dans le monde de l’amour. Cet homme-là est sauvé. Et ce n’est pas même Jésus qui agit. Mais c’est la foi dans le Dieu de Jésus qui ouvre les yeux de l’aveugle et restaure sa vie : « Va, ta foi t’a sauvé ».

 

Restons vigilant à nos aveuglements. Jésus nous donne la clé qui nous fait sortir de nos assurances et nous fait d’abord regarder l’autre pour nous demander de quoi il a besoin. Nous sommes au service les uns des autres. Pas dans la gloire, pas dans une réussite trompeuse et éphémère. Simplement dans l’aide, dans l’assistance, dans l’accueil : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » demande Jésus. Jésus ouvre son cœur et sa compréhension à la demande de l’autre. Il n’en reste pas à une tradition sclérosante. Il nous fait avancer dans une compréhension nouvelle du monde. Il nous montre un chemin de vie. C’est comme cela que nous aurons la vie en plénitude et en vérité. Car celui qui accueille un frère humain, fait entrer le Seigneur lui-même dans sa maison.

Amen.


Nadine Mignot

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